taxonomie des auteur-ices

Les écrivains sont égocentriques, égoïstes, obsédés, obsessionnels, obsédant, rarement cédants mais toujours preneurs. Ils vous prennent votre énergie vitale, vous scrutent, vous observent, tombent amoureux de vous, rien du tout juste cinq minutes, juste d’un détail, parce que votre personne réelle, en chair et en os, votre petite vie, votre authenticité non ça ils s’en foutent, mais ils tombent amoureux d’un petit rien, ils vous regardent sans écouter un mot de ce que vous dites et ils pensent tiens ! je vais lui prendre son prénom son accent sa coiffure son tic nerveux son pied qui boite et le mettre dans mon roman, ils l’écrivent et ensuite ils ne vous aiment plus. Les écrivains vampirisent tous ceux qui les approchent.

Les écrivains sont toujours trop choyés par l’existence (ce sont eux qui écrivent les histoires les plus dramatiques) ou au contraire trop blessés (ce sont eux qui donnent des grandes leçons de morale sans en avoir l’air) ou bien ils sont parfaitement équilibrés, sains, avec un Œdipe bien réglé et une vie tout à fait normale (ils vous mentent), ou encore, et c’est la catégorie la plus rare, ils aiment vraiment beaucoup leur maman (ce sont des sociopathes et ça nous donne Les Fleurs du Mal.)

Les écrivains sont narcissiques et cramponnés à leur pauvre petit ego, suppliant pour être édité, présenté, lu, pour être publié et, comme le disait Kundera, justifier leur existence. Et même s’ils ne font pas tout pour être publié, même s’ils sont trop fiers ou trop géniaux pour s’abaisser à faire lire leurs textes à la plèbe sous couvert de timidité, ils sont égocentriques tout de même, puisqu’ils écrivent. Qu’est-ce qui a été écrit, pendant ces quelques millénaires ? A peu près tout. Mais peu importe si ça été dit et raconté cent fois, mille fois, et bien mieux, les mots et les idées ne prendront leur valeur une fois qu’ils seront mis sur papier avec leurs mots, leur façon de le dire. Les écrivains se prennent pour Dieu, entre 22h et 4h du matin. Plus tôt, ils n’écrivent pas ; ils s’occupent. Passés 4 ou 5h ce sont des âmes torturées ou, encore une fois, des sociopathes (coucou Charles.)

Les écrivains sont passionnés, passionnants. Acharnés, aussi. Toute cette énergie à s’arracher les cheveux sur une phrase qui sera potentiellement lue par trois personnes, dont sa mère, il y a de quoi devenir fou. Les écrivains sont désespérés aussi, parce que qui d’autre qu’un désespéré peut encore écrire dans ce monde en pensant être entendu pour de vrai ? Personne, mais ils le font quand même. Les écrivains sont des causes perdues, des chieurs, des névrosés, des hypersensibles qui n’ont rien d’autre à faire que d’écouter leur imagination tourner et de rester en boucle sur leurs propres blessures, de se mettre en scène, d’orchestrer leur petit monde interne et de le montrer à des personnes qui n’avaient peut-être pas envie d’en savoir autant. Les écrivains sont bernés d’illusions et terriblement lucides.

Ils sont naïfs, paumés, pas doués, fragiles, brillants, faillibles comme tous les autres humains et il ne faut pas trop leur en vouloir.

2 commentaires sur “taxonomie des auteur-ices

  1. J’aime beaucoup ton style d’écriture, tu laisses des touches d’humour au fil de tes textes, c’est vraiment super agréable à lire ! Je ne suis donc pas la seule à voir Baudelaire comme un sociopathe 😂 En tout cas, bravo pour ce texte, je trouve que c’est un très beau résumé de ce qu’est un écrivain, ça a beaucoup de sens.

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